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Focus #6 : Andrea Scopetani

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Andrea Scopetani : « Passer d’un statut de consommateur à un statut de citoyen implique avant tout de renouer avec le dialogue avec le producteur ! »

Chargée du Projet Alimentaire Territorial et de la mise en œuvre des sentiers de randonnée au sein de la Communauté de Communes Marana-Golo, la jeune Andrea Scopetani se révèle par son profil atypique et enthousiaste. Nutritionniste et passionnée de communication, elle dévoile les raisons et les conséquences de ses différentes missions pour la population du bassin de vie.

Quelles ont été vos formations ? Votre parcours ?

Après mon baccalauréat, j’ai suivi une formation en communication visuelle à Nice. J’ai changé ensuite complètement de voie pour m’orienter vers la diététique. Ainsi, j’ai eu l’opportunité d’effectuer un « Bachelor Diététique et Nutrition humaine » à Paris pendant trois ans. La formation comprenait trois volets, une partie purement diététique, un volet psycho-alimentaire et un volet micro-nutrition. Mes études se sont terminées durant la période du premier confinement. Cette période a été propice pour me spécialiser par le biais d’un DU de micro-nutrition en Belgique. L’avantage de cette sombre période du COVID a été le développement de l’enseignement à distance.
Dans le même temps, j’ai créé mon compte professionnel en m’installant comme nutritionniste libéral au sein du groupement de soins Casa Luna. Je travaille en collaboration avec une psychologue basée à Bastia autour de toutes les pathologies du comportement alimentaire ayant un DU en psycho-alimentation. Cela me permet de prendre en charge des jeunes atteints de toutes sortes de troubles alimentaires. Enfin, j’avais rédigé un livre qui s’appelle « Seasons » en autoédition et je me
suis lancé dans des soins esthétiques autour du drainage lymphatique. Et en 2022, je suis recrutée par l’intercommunalité pour devenir la chargée de mission du Projet Alimentaire Territorial (PAT).

Quels sont les objectifs de ce Projet Alimentaire Territorial ?

Délivré par le ministère de l’Agriculture, ce programme vise à faire participer, à travailler avec l’ensemble des acteurs du territoire sur la question de l’alimentation. Mon objectif est de promouvoir la bonne alimentation à travers de multiples actions qui sont mises en œuvre au fil des mois. En intégrant ce PAT, mon objectif était de faire partager un maximum d’informations. Mon but est de communiquer à grande échelle. 80% de ma mission PAT est tournée autour de la communication qui a une part prépondérante par rapport au bien-être alimentaire. Après, c’est une mission des plus transversales et c’est la raison pour laquelle j’ai intégré ensuite d’autres projets
portés par la Communauté de Communes comme le Festival des Spuntini, un programme national délivré par l’Agence Nationale de Cohésion des Territoires (ANCT) qui a, pour but, de rassembler les citoyens autour d’un repas. Nous sommes encore sur des notions de transmission, de partage, de communication, de valorisation des produits locaux, des savoirs faires, etc. Je m’occupe également de l’aménagement du réseau intercommunal de sentiers. Alimentation et santé sont un couple qui
fonctionne très bien.

«  Si Manghja ! » - L’alimentation comme connexion

Le manger sain passe forcément par le manger local ?

Une bonne alimentation, à la base, débute par un principe très simple au-delà des croyances et des idées reçues : on commence avec des aliments bruts. A partir du moment où l’on consomme un aliment brut, c’est un aliment qui est complétement sain, un fruit, une graine, un légume, etc. Plus un produit est transformé, plus il devient malsain pour l’organisme. On peut ajouter à cela de nombreuses interférences, à savoir, un fruit issu du potager du voisin sera forcément meilleur que
celui issu de grandes plantations maraichères étrangères que l’on peut trouver dans les grandes surfaces car il y aura moins de pesticides. Ensuite, on va parler de produits très dégradés, c’est-à-dire de produits ultra-transformés. C’est pour cela qu’il faut insister sur la notion de production locale car la création ou l’assemblement, c’est-à-dire une composition faite d’aliments bruts. Il faudra, par exemple, veiller à prendre son pain en boulangerie plutôt qu’en grande surface. Le pain en grande
surface sera fait à partir de protéines de blé, soit des petits bouts d’aliments difficilement assimilables pour le corps humain. Sans compter qu’il faut y rajouter des additifs, du sucre, du colorant, etc. Au lieu des quatre ingrédients indispensables (eau, farine, sel, levure), on peut trouver une quinzaine d’ingrédients dans du pain vendu en grande surface. Quand on achète une viande dans une boucherie, elle sera ciblée et tracée par des élevages précis et bien spécifiés. C’est directement le boucher qui va la fabriquer, il y ajoutera quelques épices pour avoir du goût. A contrario, le produit industriel sera une recomposition, on y trouvera de la protéine de viande mais aussi du soja, du sucre, des épices transformées… Et du coup, au lieu d’avoir deux ingrédients au maximum, on ressort avec quatre ou cinq ingrédients supplémentaires. Un aliment sain doit comporter moins de cinq ingrédients dans sa composition.

D’où l’utilité du nutri-score ?

Le nutri-score repose sur une très bonne idée mais il est réalisé à partir de données complètement faussées. De mon point de vue, un fromage qui est noté « E » tout simplement parce qu’il est gras est aberrant car le fromage est naturellement gras. Il est établi en fonction des taux de protéines, de sucre, de matières grasses et de fibres. La moyenne des taux décidera de la classification A, B, C, D et E. Mais si l’on prend une huile, elle aura zéro protéine, zéro sucre, zéro fibre, elle sera mise en D alors qu’il est logique qu’elle soit grasse. Je conseille aux gens d’utiliser un nutri-score qui s’intitule SIGA et qui, à l’inverse, classifie les produits en fonction de grades, de produits transformés, semi- transformés, très transformés, extrêmement transformés. Quand on voit qu’un pain de mie va durer six mois, il faut se dire qu’il y a un vrai problème ! Une viande hachée industrielle, de son côté, pourra être consommée pendant une semaine. A l’inverse, chez le boucher, il faut la manger dans les 24-48 heures.

Notre statut est passé de citoyen à consommateur. L’idée n’est-elle donc pas d’inverser la tendance en repassant de consommateur à citoyen ?

Il faut d’abord recréer du lien social. Dans la nutrition, on dit souvent de la fourche à la fourchette. Je préfère employer l’expression de la fourchette à la fourche. Je suis née dans les marchés locaux. J’ai été élevé par mes grands-parents qui ont toujours tenu à ce que je reste en contact avec les gens qui nous nourrissaient. Je ne pense pas que la grande surface soit une facilité. Elle empêche le lien, les échanges, les discussions. On a pu l’observer avec l’arrivée des caisses automatiques puis l’arrivée
des Drive et maintenant avec la livraison, le livreur vient déposer vos courses, vous ne le voyez même-pas. Il faut recréer ces liens, recréer du dialogue, repenser à aller voir le producteur, à lui dire simplement bonjour… Passer d’un statut de consommateur à un statut de citoyen implique avant tout de renouer avec le dialogue avec le producteur.